23 juin 2023
09h00 Organisations professionnelles: Relever les défis de la politique économique
- Animation: Pascal Schouwey (PS)
- Line Pillet, présidente Association Femmes PME Suisse romande (LP)
- Jacqueline Montandon-La-Longe Moser (JM)
- Olivier Mark, président Jardin Suisse (OM)
- Laurence Emaresi, présidente PLR Arrondissement de Morges (LE), Femmes PME Suisse romande (LE)
PS. Femmes PME, Jardin Suisse défendent d’abord les femmes et les jardins?
- LP. Sortons de cette dynamique binaire! Notre but, c’est d’abord de promouvoir les femmes en tant qu’elles font la dynamique entrepreneuriale. Dans les médias, on pense souvent aux grandes entreprises et moins aux implications de décisions politiques sur les petites structures. Les femmes dans les entreprises peuvent ainsi échanger sur leurs préoccupations et se soutenir.
- OM. On a toujours rêvé que la population s’intéresse à nous. Prenons la biodiversité, un thème qui se développe. On pensait que cela susciterait l’intérêt sur nos activités. Mais un biologiste a publié un livre et on a maintenant une liste de plantes obligatoires pour tous les jardins. Avec l’usam, nous pouvons défendre des thèmes plus larges.
- JM. Nous nous associons pour des raisons de défense promotionnelle. Puis, le rôle de l’usam, c’est de prendre le relais pour des thématiques plus larges.
- LE. Les femmes ont aussi besoin de partager des préoccupations, soutien par les pairs. Et le lien avec les associations professionnelles.
PS. Peut-on s’occuper de tous les domaines quand on est à la tête d’une PME?
- JM. La règlementation excessive nous donne beaucoup de travail. Juste pour qu’au final, on explique qu’on respecte la loi.
- OM. C’est valable pour tous les règlements qui nous tombent dessus. La créativité du monde politique est incroyable. Et nous devons défendre nos membres, parfois c’est difficile.
- LE. Nous faisons du soutien aussi pour nos membres. La validation des acquis nous permet de proposer un brevet fédéral.
PS. On défend sa propre image sur les réseaux sociaux? Comment le vivez-vous?
- OM. On vit dans un monde de concurrence. On soutient les jeunes qui débutent, puis une fois cette étape passée, ce sont des concurrents. Il y a un peu d’égoïsme, mais une fois qu’ils ont fait leurs preuves, cela se passe mieux. Ce sont des personnes intelligentes, et on sait aussi miser sur la relève.
- LE. Quand sur un chantier on a besoin rapidement de main-d’œuvre, on peut se dépanner.
- LP. Les jeunes de la HES sont de plus en plus regardants au-delà des effets de surface et d’image que les entreprises veulent donner d’elles-mêmes sur les réseaux sociaux. Des outils permettent d’évaluer les entreprises via ce que les employés communiquent à propos de leur entreprise.
- OM. L’image et la crédibilité sont de plus en plus importants. On ne peut pas se permettre de raconter des sornettes. Les associations professionnelles doivent être crédibles. Si on fait les marioles, les entrepreneurs en souffrent.
- LE. Il y a toujours une frange de membres qui sont là en soutien et viennent régulièrement aux activités que nous proposons. Cela sans forcément amener une force de proposition.
PS. Nouvelles générations d’entrepreneurs et de PME?
- LP. Il y a encore ce mythe de l’entrepreneur qui peut transmettre son idée. Je vois cependant beaucoup d’entreprises dont la dynamique repose sur une équipe. Par ailleurs, il faut aussi savoir prendre des décisions et trancher.
- JM. Mon père était beaucoup plus dirigiste, alors que je suis plus participative. Les entreprises qui naissent sont plus participatives, et à la longue, on revient vers ce modèle.
- OM. Le choc des générations est bel et bien présent. Je connais une entreprise dans laquelle le fils a repris l’affaire et tout réorganisé. Les cadres sont tous partis à la concurrence et la société vit une crise bien réelle.
- LE. Les plus jeunes tiennent à placer leur qualité de vie au premier plan. Ce mode de direction horizontal est à la mode. C’est plus facile de partir en vacances. On le voit avec les cabinets médicaux par exemple.
PS. Les organisations peuvent-elles réagir assez vite à la numérisation?
- LE. Notre association est transversale. Nous avons pris de nouvelles habitudes, avec les séances par visioconférence. Nous avons donné des formations de cette manière.
- OM. Nous avons vécu notre première campagne électorale. Des Argoviens se sont présentés contre des Bernois? Cela nous donne de bons espoirs pour la suite.
- LP. On parle aujourd’hui aussi de ce qu’il faut numériser et dans ce sens, de pouvoir avoir une certaine retenue, en suivant les trends. Il faut le faire quand cela fait sens.
Les trends critiques envers l’économie
- Animation: Pascal Schouwey (PS)
- Jimmy Mariéthoz, directeur Fruit-Union Suisse (JMa)
- Sophie Michaud Gigon, conseillère nationale Les Vert-e-s, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (SM)
- Valérie Berset Bircher, ambassadrice responsable questions économie et droits de l’Homme au SECO (VB)
- Jérôme Monnat, CEO West End Watch Co. (JMo)
PS. Les trends critiques. Concrètement, qu’est-ce que cela implique, le plan d’action national sur les droits de l’Homme, l’environnement?
VB. Ce plan ne représente pas une obligation, mais une sensibilisation et un accompagnement. Les défis arrivent et le plan est là parce qu’il y a une décision parlementaire. Les lignes directrices sont internationales. Nous avons vulgarisé ces tendances. Au niveau des PME, cela concerne les secteurs en lien avec l’étranger. Cela concerne donc principalement les grandes entreprises, tout en impactant les PME de manière indirecte. Les multinationales le leur demandent et les pays voisins ont aussi de nouvelles législations. Notre rôle est de fournir des outils à cet effet.
PS. Comme pour les normes ISO, les entreprises durables, va-t-on encore ajouter une couche d’obligations pour les PME?
- SM. Il y a beaucoup d’informations complexes et le consommateur ne le voit pas forcément. Les entreprises que j’ai visitées, si elles ont envie d’aller de l’avant, veulent pouvoir y trouver un avantage concurrentiel.
- JMo. C’est une porte ouverte pour que certains puissent capter le marché. Dans l’horlogerie, on va vers des grandes structures.
- VB. Nous voulons entendre les besoins des PME et non pas les surcharger. Tout en leur communiquant une information sur les risques.
PS. Combien d’entreprises seront concernées par cette nouvelle directive sur le reporting?
- VB. Cela concerne les entreprises entre 250 et 500 salariés. Le Conseil fédéral analyse la situation. Plusieurs scénarios sont envisageables. Mais la très grande majorité des entreprises en Suisse comptent moins de 250 collaborateurs.
- JMa. C’est un défi de vouloir toujours reprendre tout ce qui vient de l’extérieur. Il faut éviter un désavantage économique, cela porte davantage sur les moyens que sur le but.
- SM. Je suis à la commission de l’économie. Sur le frein à la réglementation. Je ne vois pas comment cela peut aider les PME. Les couches bureaucratiques ne viennent pas du Parlement, mais de l’administration.
- JMo. Comme responsable de PME, on est des libéraux, on ne veut pas que des gens qui veulent notre bien contre notre gré pondent des règlements. Pas de meilleur défenseur de la société que les responsables d’entreprise qui donnent des impulsions, se lèvent le matin et sont des chevaux de trait.
- VB. C’est le Parlement qui fait les lois! Il ne faut pas l’oublier. Il a toute la possibilité de les modifier. Il ne faut pas confondre les rôles.
SM. J’ai aussi envie d’alléger mais je ne vois pas comment cette proposition le rendra possible. Dans notre situation, les consommateurs étrangers pourraient attaquer les entreprises suisses. Ce que j’entendais à la commission de l’économie m’a donné envie d’aller voir sur le terrain pour me faire une idée.
PS. Responsable sociale des entreprises?
- JMa. On a un grand débat sur le sucre. Nous produisons du Schorle avec de moins en moins de sucre. Mais on est presque en train de nous étouffer. Sur l’environnement aussi. On nous dit ce qu’on doit planter et où on doit les mettre. Or notre mission est de nourrir la population avec des produits frais.
- JMo. On est en concurrence avec des entreprises qui envoient des produits du bout du monde. Ne poussons pas ces questions à l’extrême.
- SM. Je me demande comment on peut faire au mieux pour la richesse des PME. Le problème du sucre, c’est comme la santé publique. On perd des milliards à cause des habitudes de nos générations. On a des gamins qui sont biberonnés au sucre dès le départ. Sinon, oui, j’ai les mêmes problèmes que les chefs d’entreprise à la tête de la FRC!
Questions de la salle
La pomme de Fruit-Union Suisse est attaquée par Apple à cause du logo, votre avis?
- JMa. On espère pouvoir nous défendre contre ces accusations de terrorisme. Un sondage non publié a montré que pour un quart des gens, une PME a pour but de protéger l’environnement et de permettre à ses collaborateurs de concilier travail et vie familiale. C’est inquiétant, non?
- VB. Entre social, économie et environnemental, c’est encore plus difficile au plan international, de trouver un équilibre.
- JMo. On est proche de la France mais on y a perdu le sens des réalités. Il faut que les entrepreneurs trouvent la motivation d’exister. La France a vingt ans d’avance sur nous et nous devons nous en inquiéter.
- Julien Morand: C’est l’administration qui est responsable de la reprise des règlements européens, qui traduit en faisant des fautes et retraduit avec des fautes de français.
- VB. Je prends note.
11h10 Promotion économique: attractivité de la Suisse, enjeux, mythes et réalités | Thomas Bohn, directeur général Greater Geneva Bern area (GGBa)
La Suisse se porte bien au niveau de son attractivité. Je suis Alsacien d’origine et travaille depuis vingt ans dans la promotion économique. Il faut continuer d’avoir de la prédictivité. Le GGBa a été créé par les cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Valais et Berne. Avec 3,5 millions de francs de budget. Trois missions. Promotion de la Suisse occidentale à l’étranger. Siège à Lausanne. On fait beaucoup de vidéos. Tout ce côté promotionnel. Deuxième mission, la veille, pour détecter toute société qui a des velléités de venir en Suisse. La troisième partie, c’est la prospection, l’attraction de société étrangères. On traite 200 dossiers par an, toutes structures confondues. Par la suite, près de 120 d’entre elles nous rendent visite. Sur ce nombre, 50 à 60 s’implantent. L’objectif est de faire mieux, pas plus. On veut des sociétés qui auront un impact positif sur la région. Au plan de la technologie et du nombre d’emplois. On possède un réseau international, sur divers marchés. Chaque canton dispose en plus d’une promotion cantonale avec laquelle on collabore.
Les écosystèmes évoluent. Nos atouts sont la biotech, la santé et l’alimentation. Nous cherchons ces créneaux porteurs. Quand une société nous demande ce que nous donnons en échange, on leur donne une tape dans le dos et on leur dit de repasser plus tard. Les conditions cadres sont bonnes. Stabilité, démocratie. Ce pragmatisme est un bon argument de vente.
Parmi les défis, les relations avec l’UE. Si cela me fait un peu peur, je sais que nous trouverons une solution, même si nous sommes en dehors des programmes de recherche. Les registres du commerce sont lents. L’ouverture de comptes bancaires est lente. Nous sommes au service des six cantons, nous faisons venir des sociétés qui parfois créent de nombreux emplois et payent beaucoup d’impôts.
Questions de la salle
Sur la fiscalité et les avantages proposés?
Les taux suisses sont modérés. La fiscalité offre beaucoup de prévisibilité. Un ou deux points ne font pas la différence. Il arrive que des sociétés montent au front pour cette question. Mais nous ne les attirons pas. Nous cherchons des sociétés technologiques et nous disposons de six cantons. Le GGBa possède la plus grande force de frappe suisse à l’étranger. Nous suivons Moderna depuis 2014. On les a fait venir en 2016. En 2020, ils voulaient aller à Bâle. On ne maîtrise pas cela. Avec Incyte, on attendait 150 emplois. Aux dernières nouvelles, cette entreprise en a créés 400 environ.
11h45 Allocution de clôture | Pierre Daniel Senn, vice-président usam
Mesdames et Messieurs, au terme de ces deux jours de conférences sur le besoin de «Renforcer la politique en faveur des PME», permettez-moi de réitérer mes remerciements à toutes et à tous. Vous êtes désormais informés quant aux défis de la politique à développer à la faveur des PME. Je vous exhorte vivement à mettre ces connaissances en pratique au bénéfice plus large des PME. À travers l’organisation de ces Journée romandes des arts et métiers, l’usam démontre son implication en politique, autant pour les PME que pour l’économie suisse.
Hier, il était question avec Michel Santi des défis posés à l’économie et aux PME par les incertitudes pesantes de la finance internationale et de la stabilité monétaire. Les conseillers nationaux nous ont fait goûter à leur sauce les arcanes de la politique face aux questions de l’UE, de la pénurie de main-d’œuvre et des coûts de la règlementation. Luc Ferry nous a magistralement présenté les implications des postures environnementales quant aux principes de précaution et de responsabilité.
L’environnement représente un grand défi pour les PME, et est-ce que cela peut résoudre le problème du changement climatique? Aujourd’hui, nous avons encore vu quelles sont les tendances d’évolution au sein des organisations économiques de branches ou des unions cantonales.
Les tendances critiques à l’économie – consommation, éthique, durabilité – et comment les PME peuvent rebondir sur ces terrains apparemment glissants. En effet, l’économie de marché des PME est protéiforme, cela veut dire qu’elle dispose d’une grande force d’adaptation.
La question de comprendre comment il faut mobiliser les PME et les forces politiques même au cœur des crises, est importante. Finalement, il n’y a jamais de moment parfaitement idéal pour défendre les PME qui ont leur espoir toujours fixé sur l’avenir.
Avec Thomas Bohn, nous avons pu constater que l’attractivité de la Suisse occidentale n’est pas émoussée, mais il y a du pain sur la planche.
Quelques remarques personnelles. Avons-nous un horizon? Où est-il, et quel est-il? Je renvoie au livre «Court circuit» par Etienne Klein. Le progrès, c’est ce que nous avons vécu au 20e siècle en voyant arriver l’an 2000. L’innovation, c’est ce que nous faisons maintenant, pour tenter de conserver ce que nous avons acquis. François Langlais nous explique que quand le balancier est arrivé au terme de sa course, il repart dans l’autre sens. Si nous trouvons la force de nous tourner dans la bonne direction, nous verrons les choses sous un autre angle.
Notre objectif à l’usam reste d’établir des conditions idéales pour la liberté d’entreprise sur un marché libre et d’introduire un frein à la règlementation. Ainsi la croissance économique sera soutenable.
Je terminerai mon allocution, en réitérant à toutes et tous, mes sincères remerciements pour votre participation active à ces Journées romandes des arts et métiers.
La 57e édition des Journées romandes des arts et métiers aura lieu les jeudi 20 et vendredi 21 juin 2024. Je vous remercie de votre aimable attention.